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La rareté, le caractère tardif des témoignages sur la personne d’Isidore Ducasse prêtent à ceux-ci un prix sans rapport avec leur teneur, comme les anecdotes des vieilles personnes qui se rappellent avoir, dans leur lointaine jeunesse, disputé avec *Jésus-Christ de l’opportunité de multiplier en avril la quantité des *poissons. Les témoins directs sont : Paul *Lespès (dans les lettres à *Alicot en 1928), Louis *Cazeaux, *Plantet (interrogés par les *Guillot-Muñoz), Prudencio *Montagne, Marie-Jeanne Dours (ouïe par son fils Marc *Guinle vers 1940, lui-même entendu par J.-J. *Lefrère vers 1975), auxquels s’ajoutent Eudoxie Ducasse née *Petit, cousine par alliance d’Isidore (écho des dires de son époux Jean-José *Ducasse, interrogée par Alvaro Guillot-Muñoz en 1916), l’éditeur *Lacroix (interrogé par *Genonceaux en 1890) et le garçon d’étage Antoine *Milleret (id.). Rétrospectivement plusieurs ont jugé que la plus grande bénédiction qui puisse advenir à un auteur, et par suite à ses lecteurs, c’est de n’avoir aucun témoin de sa vie. S’ils se sont perdus en cours de route, tant mieux. Songeons un instant au chapelet d’âneries que, sur notre compte, débiteraient, le cas échéant, soumis à un interrogatoire pressant, nos proches (si nous avons le malheur d’être affligés de tels parasites) : qu’est-ce que ces nigauds savent de nous ? Pas plus qu’ils n’en savent sur Homère, sur Perse, sur Macrobe, sur Aulu-Gelle. Demande-t-on à un pou son avis sur le Mont Chauve ? De quel droit se permettent-ils même de prononcer notre nom ? Un écrivain est plus entier dans la moindre de ses phrases que dans aucun de ces miroirs anamorphosiques envahis de lubricité. Pour un homme qui songe, comme un autre fit un livre de moins, il semble parfois qu’on tuerait un témoin.

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