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Atome de raisonnement que Ducasse, qui se souvient de son cours de philo, se plaît, quand cela se trouve, à signaler. À propos de Byron, il écrit :

Quoique plus grand que les génies ordinaires, s’il s’était trouvé de son temps un autre poète, doué, comme lui, à doses semblables, d’une intelligence exceptionnelle, et capable de se présenter comme son rival, il aurait avoué, le premier, l’inutilité de ses efforts pour produire des malédictions disparates ; et que le bien exclusif est, seul, déclaré digne, de par la voix de tous les mondes, de s’approprier notre estime. Le fait fut qu’il n’y eut personne pour le combattre avec avantage. Voilà ce qu’aucun n’a dit. Chose étrange ! même en feuilletant les recueils et les livres de son époque, aucun critique n’a songé à mettre en relief le rigoureux syllogisme qui précède.

Dégageons, à l’usage des lycéens, les axes de ce syllogisme :

  • La poésie du mal [celle de Byron, poète d’une intelligence exceptionnelle] est évidemment inférieure à la poésie du bien [celle de Myron, poète contemporain de Byron et d’une intelligence tout aussi exceptionnelle, tests de QI à l’appui] : ainsi la poésie de Byron est inférieure à la poésie de Myron.
  • or Myron n’existe pas ;
  • donc Byron reste (provisoirement) insurpassé.

Le poète fera, aujourd’hui, ce que nul Myron ne fit. Ainsi :

  • La poésie de Byron est en droit inférieure à la poésie de Myron.
  • or Myron (appelons-le pour simplifier Ducasse) existe !
  • donc Byron est surpassé.

Exemple canonique du caractère obligatoire de la vérité logique, ce type élémentaire de raisonnement (mais ses formes déguisées ou implicites ne manquent pas de sournoiserie) fut longtemps un pont-aux-ânes du programme de philo : témoin l’épreuve syllogisme qu’eut à endurer, via De Officiis, Isidore Ducasse devant le jury du certificat d’aptitude au baccalauréat ès lettres, le jeudi 9 novembre 1865. Ce petit Rubicon franchi lui valut la mention passable. – Initiée par Aristote, la théorie du syllogisme et de sa généralisation le sorite (si goûté de Lewis Carroll) n’a, curieusement, été achevée en même temps qu’elle recevait sa formalisation la plus simple qu’en 1967, par George Spencer-Brown, dans la seconde annexe de Laws of form. Mais il était trop tard, et ce travail, dû à un ancien élève de Wittgenstein et de Russel, passa quasiment inaperçu (je vous en enverrai une traduction, si vous m’en priez poliment.)

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