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Second *chien de Maldoror, qui, à partir des années 1920, surtout par la voix du chef de horde André *Breton (cf. Les Pas perdus, Anthologie de l’humour noir), a su répandre jusque dans les campagnes les plus reculées le nom de *Lautréamont : en 1970, fait vraiment *nouveau, ses œuvres complètes ont fini par paraître chez Gallimard, ce qui est tout dire (dans un recueil collectif, il est vrai, comme au beau temps d’Évariste *Carrance). Les goûts littéraires très sûrs de Breton le portant spontanément vers des œuvres de provenance extrêmement variée, cet éclectisme de fait ne pouvait s’harmoniser sans forçage avec la rigueur dogmatique que, par ailleurs, il ambitionnait de conférer aux principes du surréalisme, principes fort étrangers à ceux des Poésies (dont Breton ne pouvait cependant qu’apprécier le style maximal). Soupault a pour sa part adoré Maldoror et beaucoup divagué sur un Isidore Ducasse sentimentalisé par ses soins. Aragon, à travers ses mésaventures idéologiques, lui fut constamment fidèle. *Goldfayn et Legrand ont donné en 1960 la première édition critique des Poésies, avec moins de bourdes qu’on n’aurait pu craindre (plusieurs, et de taille, cependant). Man Ray a assemblé un système de sac et de cordes fort suggestif, titré l’Enigme d’Isidore Ducasse (pendant de son fameux portrait imaginaire de Sade en pierre de Bastille). Par les surréalistes, le catholicisme ranci (sensible dans l’anticléricalisme sommaire) a-t-il pu nuire à la documentation ducassienne? Le culte, de nature évidemment para-chrétienne, voué à l’icône Lautréamont (« Maldoror est pour les surréalistes l’équivalent de Jésus-Christ pour les chrétiens », disait quelqu’un) a pu en effet les rendre méprisants ou hostiles envers une recherche qui, à cette date (les années 1920), pouvait toucher encore bien des vivants, et l’on a accusé Breton et ses amis d’avoir eu part à la négligence où est restée longtemps la recherche des traces effectives. Ce reproche doit être nuancé : quand Breton et Soupault apprirent la mort de Georges *Dazet fin 1920, ils furent désolés de n’avoir pu interroger l’ex-ami privilégié d’Isidore Ducasse, ami dont ils ignoraient qu’il fût encore en vie; Benjamin Péret a, de son côté, tenté quelques recherches. La canonisation, avec ses séquelles idolâtres, est venue plus tard, alors qu’elle ne pouvait guère plus avoir que des suites verbales. Comme d’usage, on révérait sans trop savoir qui. – S’il ne fallait qu’un énoncé pour marquer l’incompatibilité du surréalisme avec la philosophie de la poésie d’Isidore Ducasse, y suffirait la maxime (II : 16) : L’amour d’une femme est incompatible avec l’amour de l’humanité. La féminolâtrie surréaliste, l’obsession libidinale qui paraît partout, jusque dans la passion de *Sade, chez Breton et ses amis, est un aspect du dualisme maniaque, compliqué de réminiscences du culte marial. L’horizon de l’humanité s’embrume. On part de Pétrarque, on arrive à Jacques de Bourbon-Busset. L’humanité naissant, le sexe, couleur d’un soir, s’effacera. Les peu poétiques séquelles en bave d’escargot qui argentent la surface de l’idole sans yeux se dissoudront dans son élucidation.

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