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Ton affecté par la critique psycho-philosophique durant le siècle 1870-1970 (grosso modo de Nietzsche à Sartre). C’est un psychologue qui parle, un étiologiste, un généticien, et la passion qu’il décrit prend, sous sa plume, quelque chose de fatal. Mais, la supériorité a priori du point de vue de l’analyste (le détachement qu’il se paie) véhicule un parti-pris plus ou moins net de cécité envers une ou plusieurs dimensions de la chose jugée (par exemple, chez Sartre, le choix de la visée juridico-morale évacue la dimension de transcendance, dont le minimum s’appelle l’esthétique, aussi bien que celle du symbolique, dont le maximum s’appelle la mathématique ; pour Freud, c’est la queue qui croit diriger toutes les évolutions, et la queue ne se trompe pas : elle agit sans cesse ; pour Nietzsche, c’est la morale, entendue comme moralisme atavique ayant intérêt à se faire cartographier le génome ; la psychologie profonde est ici censée livrer la « vérité » du sujet, comme sur d’autres scènes la physiologie, la biologie, etc.). Ces différentes écoles ne s’aiment guère. Chaque caste soupçonne l’autre, développe ses qualités au détriment de celles qui la rapprochent de l’autre caste. Chacun, du reste, vit comme un sauvage dans sa tanière, et en sort rarement pour visiter son semblable, accroupi pareillement dans une autre tanière. Il manque à ces divers essais le sentiment de leur limitation, cela sent la suffisance, et l’humour, propre à zébrer les regards de vifs éclairs de relativité réfléchie, ne s’y retrouve pas : sévissent les diverses variétés du réductionnisme, aux termes desquelles le « sujet » – sic – est exhibé, le nez percé par l’anneau de déterminismes qu’il méconnaît largement (Sartre assortit ses démonstrations d’une tonalité fondamentale dépréciative : en effet, dans son système, la subordination est la marque que le « sujet » refuse d’user de sa liberté). Quel que soit l’intérêt de ces analyses, leur tort est, en général, de postuler la non-indépendance des niveaux de description, tout en privilégiant, sans souci de le justifier, leur niveau domiciliaire. Nous restons sous le régime de la vérité dualiste, l’analyste livrant, bien entendu, chaque fois, « la » vérité du sujet. Toute différente est la mise en demeure ducassienne du « mal du siècle ». Ce n’est pas un juge d’instruction qui parle, moins encore un psy : c’est de l’intérieur de la littérature, dans des formes empruntées au style de l’accusateur public (comme au sein d’un tribunal révolutionnaire), que l’index pointe les maux. L’auteur ne s’excepte pas des tares qu’il dénonce ; il annonce qu’il a choisi d’en guérir. Il ne construit pas une chambre imaginaire dont le vide aseptique lui permettrait de juger en extra-terrestre de ce qui se passe dans le mental d’autrui ; il avoue qu’il est aussi menacé que les autres ; il ne peut faire moins que mettre du feu à l’entreprise de sa libération.

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