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Bordeaux, 30/11/1936

Auteur, d’un article de cinquante pages paru dans le numéro de Critique du second semestre 1967, en guise de paraphrase au Lautréamont écrivain de toujours de Marcelin Pleynet. Repris dans Logiques (recueil mis ensuite en poche sous le titre de Lécriture et l’expérience des limites), cet article, intitulé La science de Lautréamont, forme l’un des trois non moins remarquables essais sur Isidore Ducasse parus dans le dernier demi-siècle. Sollers est l’un des meilleurs connaisseurs « par cœur » des Poésies, qui hantent maint passage de ses essais – ainsi l’article sur Mme de Sévigné repris dans La Guerre du goût. Dans l’article Isidore Ducasse du même recueil il limite l’audience séculaire d’I.D. à cinq ou six lecteurs : manière ingénieuse de suggérer que sa lecture mérite une réflexion que l’agitation des busy guys and girls ne leur permet pas de concentrer sur des objets symboliques d’un débit aussi rare. – Puisque surgit cette rime pauvre à Gallimard, marquons qu’il faudrait la plume de Verlaine déplorant la chute de Victor Hugo pour regretter la perte que constitua, peut-être, pour les lettres françaises, la conversion de Philippe Sollers au règne du salariat. La littérature fut toujours une affaire de flibustiers, de gangsters et de maquereaux. Ramener l’écriture à un système de mensualités, à sa source, la tue. Il y a en Suisse assez de banques cambriolables, sur l’Internet assez de possibles astuces, et dans les rues assez de putes sensibles à la bonté du poète, pour dispenser, définitivement, quiconque se voue à écrire, de s’abaisser, en en faisant métier, à mégoter des 10% ou des quinze avec des illettrés du calibre d’Antoine Gallimard. Pour vérifier qu’Antoine Gallimard est un illettré, qu’il suffise de peser les termes (notés par moi sur le vif) de son hommage (…) à Nathalie Sarraute au micro france-culturel de Pierre Assouline le matin du mercredi vingt octobre mil neuf cent quatre-vingt dix-neuf qu’on commenta la mort, dans sa centième année, de la pléiadisée : « Mille sept cent pages… Une œuvre immense ! Alors qu’on avait dit qu’elle avait peu-t’écrit… Une œuvre qui s’est fait dans le silence ! » Sic, sic et sic. Si mon cadavre devait endurer de tel coups de pieds d’un âne pataquiste, désaccordeur et brouillé avec les tomes, je préfèrerais qu’il traînât, rongé par les chiens, dans la rigolade des eaux mêlées du Boul’ Mich’. Voilà, hélas, ce que, vivant, supporte, depuis près de vingt ans, Philippe Sollers. Étonnez-vous de son air fané. J’en déduis qu’à l’instar de Bonaparte-Napoléon, de Malraux-Malraux et de quelques moins rares génies, Sollers jouira, si un jour il quitte son corps, du privilège de le voir occuper ubiquitairement deux caveaux promotionnés par deux sections rivales, suivant le classique schéma bi-tombal :

Sollers

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