Étiquettes

, , , ,

DC_1 et second des deux *types agitateurs pointés comme indicateurs génériques par Ducasse himself (lettre du 12 mars 1870 à propos des Chants : C’était quelque chose dans le genre du Manfred de Byron et du Konrad de Misçkiewicz, mais cependant bien plus terrible.). Konrad apparaît dans Dziady ou la Fête des Morts, poème en quatre parties dont la troisième, écrite à Dresde en 1830, publiée à Paris en 1833, forme un poème dramatique indépendant souvent appelé Les adieux de Dresde. Poète et patriote ardent, Konrad exhale une protestation prométhéenne contre le martyre de la Pologne. Ayant invoqué le Tout-Puissant (lequel, en la circonstance, garde un silence prudent), exaspéré Konrad s’écrie : « Dieu, tu n’es pas le père des hommes !… » ; le Démon, qui, passant par là, entend cette apostrophe intéressante, achève pour lui : « Tu n’es que leur tsar… » Mais, l’*intention de Konrad n’étant pas mauvaise (son blasphème n’est pas dicté par l’orgueil, mais par l’amour de la patrie…), cette révolte légère qui n’avait pas eu de suites graves (III, 5) sera pardonnée. – La Revue des Deux Mondes du 1er décembre 1839 donne un intéressant Essai sur le drame fantastique, Goethe, Byron, Mickiewicz dû à George *Sand, amie du poète. Ce parallèle entre trois « *diables en carton » fameux : Faust, Manfred et Konrad, se retrouve dans la préface que la romancière adjoint en 1841 à sa Lélia, puis dans celle que Christian Ostrowski donne en 1845 à l’édition des Œuvres complètes de Mickiewicz (p. VIII-XII). Pour la bonne bouche, citons un extrait d’un monologue de Konrad (vers 502-511 de l’Acte I des Aïeux) dont on peut retrouver l’écho en quelques endroits de Maldoror :

Moi, je suis l’aigle dans le ciel. Regarde comme ils se précipitent au sol, comme ils courent, et comme toute cette nuée se dissimule dans le sable… et moi, derrière eux, avec mes yeux perçants, mes yeux comme des éclairs, moi, derrière eux, avec mes serres ! Je vais les apercevoir, je vais les saisir… – Quoi ? Un oiseau s’élève et déploie ses ailes, de son ombre il couvre tous les autres ; il me défie du regard ; il a les ailes noires comme un nuage de tempête, étendues et longues en forme d’arc-en-ciel, et il obscurcit tout le ciel… C’est un corbeau immense ! Qui es-tu ? Qui es-tu, corbeau ?… Moi je suis un aigle. Le corbeau me regarde… Il trouble ma pensée… Qui es-tu donc ? Moi je règne sur la foudre ! Il m’a jeté un regard… Il m’a frappé dans les yeux comme un nuage de fumée, il emmêle mes pensées… Il les trouble…

(T.F. Jacques Donguy et Michel Maslowski, Éd. L’Âge d’Homme 1992)

Advertisements