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Moraliste galiléen né sous Auguste et mort sous Tibère (dates incertaines). Grâce à sa faculté de multiplier les pains, « le patient philosophe essénien », comme le nomme George Sand en l’opposant au révolté *Konrad, ne souffrit jamais de faim que par hygiène ; il recommande d’ailleurs à ses disciples un air riant, lavé de frais, parfumé et bien nourri. Sans le concours organisé par l’honorable Louis-Auguste *Martin, le nom de cet important fanal occidental ne figurerait – non plus que les noms de *Confucius, de *Bouddha, de *Socrate – pas dans le corpus ducassien. Ce vide relatif laisse un peu songeur – il semblait surnaturel à Léon *Bloy – quant au peu d’impact de l’instruction religieuse sur le jeune Isidore : lycéen, brossait-il ce cours ? Reste que la mythologie chrétienne, qui humecte tant de phrases chez Baudelaire, chez Rimbaud, ne se fait pas remarquer dans ses ouvrages par quelque chose de plus que sa remarquable absence : absence entrant pour une part non nulle dans ce « métallisme » relevé par Jünger dans les Poésies. Bien différents sont les blasphèmes maldororiens, apostrophes éloquentissimes de planète à planète, des imprécations rimbaldiennes fléchant venimeusement le crucifié du bas de la croix. Un seul passage des Chants, à la fin de la strophe I, 6, pourrait, à tout prendre, passer pour un envoi à Ieschoua : « Ô toi, dont je ne veux pas écrire le nom sur cette page qui consacre la sainteté du crime, je sais que ton pardon fut immense comme l’univers. Mais, moi, j’existe encore ! » Cette interprétation toute tangente vient concurrencer celle qui réfère le toi à un petit ami, tout simplement l’adolescent déchiré (mais, il n’a pas été question de sa mort). L’ambiguïté en dit long sur le style de notre auteur, à la langue bifide ; à elle seule elle a la saveur d’un « blasphème » d’une qualité toute particulière. On a, par dérision, dit que Lautréamont pour les surréalistes égale Jésus-Christ pour les premiers chrétiens. Sarcasme cachant une vérité certaine. L’ordre de grandeur de l’entreprise isidorale convie à aligner son lanceur moins à l’aune des Baudelaire, des Banville, des Char, des Rimbaud, qu’au prorata de Ieschoua, de Confucius, de Bouddha, de Socrate, d’Alain Delon (une idole au Japon, dit-on). Son entreprise est immense a priori, et l’éclair d’une vie tôt reclose a valeur d’instigation permanente pour ses adeptes levés dès potron-minet. En l’an 160 le christianisme balbutiait encore et il a fallu qu’outre Paul parlassent, écrivissent, calculassent et conjecturassent les docteurs fidèles ou non (je n’en suis pas juge) que furent Jérôme, Augustin, Clément d’Alexandrie, Bonaventure, Isidore de Séville et Bon vent, ma jolie ! lesquels docteurs furent à Jésus, orateur au topo vite conclu, ce que nous autres entendons être à Isidore Ducasse : ses développeurs.

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