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(Johann Paul Friedrich RICHTER, dit) Wunsiedel 1763 – Bayreuth 1825.

Poète, conteur, humoriste et romancier, on le tient volontiers – encore qu’il eût francisé son prénom en hommage à Jean-Jacques *Rousseau – pour le plus purement allemand des romantiques allemands. En tant que promoteur du récit de rêve en littérature, il devait forcément encourir les foudres des Poésies : de fait, Isidore Ducasse mentionne le Songe de Jean-Paul (I : 27) parmi les douleurs invraisemblables que ce siècle s’est créées à lui-même. Mme de Staël donne de « ce morceau très bizarre » une traduction, d’ailleurs partielle et édulcorée, à la fin du chapitre XXVIII – Des romans – de son livre De l’Allemagne. Elle présente Un Songe, vision qui, note-t-elle, « ressemble un peu au délire de la fièvre » en deux phrases :

« Bayle a dit quelque part que l’athéisme ne devrait pas mettre à l’abri de la crainte des souffrances éternelles […]. Le songe de J. Paul peut-être considéré comme cette pensée mise en action. »

Ce récit macabre campe un Christ soucieux parmi des ressuscités moroses ; chacun se demande ce qu’il fait là. Voici la chute :

Les ombres désolées s’évanouirent comme la vapeur blanchâtre que le froid a condensée ; l’église fut bientôt déserte ; mais tout à coup, spectacle affreux, les enfants morts, qui s’étaient réveillés à leur tour dans le cimetière, accoururent et se prosternèrent devant la figure majestueuse qui était sur l’autel, et dirent : – Jésus, n’avons-nous pas de père ? et il répondit, avec un torrent de larmes : – Nous sommes tous orphelins, moi et vous nous n’avons point de père. À ces mots, le temple et les enfants s’abîmèrent, et tout l’édifice du monde s’écroula devant moi dans son immensité.

Je n’ajouterai point de réflexions à cet extrait, dont l’effet dépend absolument du genre d’imagination du lecteur. Le sombre esprit qui s’y manifeste a frappé les contemporains. En dépit des protestations de ce fils de pasteur, celui qui se demande où Jean-Paul en est au regard de la foi de ses pères reste incertain. Nous ne sommes pas loin de Jacques *Rolla. – Ducasse ne nomme nulle part Mme de Staël ; c’est sa manière de louer (on le dit sévère : mais il ne nomme jamais que cent auteurs sur cinq mille ; il est donc clément).

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