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Laval 1873 – Paris 1907.

Au milieu était un grand vieux chêne, que cinq femmes à peine pouvaient embrasser, et que l’on appelait : lou Jarry de las Fadas ou le Chêne des Fées.

Eugène Le Roy, Jacquou le croquant, ch. VII

Ami et collaborateur de *Gourmont, l’auteur d’Ubu Roi est le premier lecteur de Lautréamont qui fut d’une taille intellectuelle, humoristique et poétique proportionnée au Montévidéen – sans compter qu’Alfred est, lui aussi, comme le fait spirituellement remarquer Le Roy, un *casse, et de taille ! Son premier grand essai théâtral, César Antéchrist, composé vers 1891, compte plusieurs « lautréamontismes » relevés par Éluard (Pléiade I, p. 900). La liste des 27 « livres pairs » du Docteur Faustroll, pataphysicien (au chapitre III de ses Gestes & Opinions, paru posthume en 1908) porte en N° 13 Les Chants de Maldoror. Jarry ne s’est d’ailleurs ouvertement exprimé nulle part sur cette lecture, ce qui n’a rien d’étonnant vu son caractère secret. Si la poétique proprement dite de Jarry (telle qu’il l’expose dans Linteau), étrangère à l’esprit ducassien, traduit la tendance cryptique, hiératique et symbolique de Jarry, il est en revanche possible de tracer un parallèle assez étroit entre ces deux sciences virtuelles que sont la science de la poésie de Ducasse et la *pataphysique jarryque. D’autre part, il y a plus d’analogie qu’il ne paraît d’abord entre ces deux incarnations de la *cruauté que sont *Maldoror et Ubu. Tous deux configurent un mixte de grotesque et d’épouvantable ; tous deux sont des masques marionnettiques derrière quoi l’auteur, un très jeune homme, pince ou grossit sa voix en soulignant ses effets avec un flegme digne de M. Loyal. Mais la projection de l’auteur dans le personnage est a priori chez Ducasse (qui s’en écartera bientôt) alors qu’elle est a posteriori chez Jarry (qui tendra, dans ses gestes, à s’y confondre).

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