Étiquettes

, , , ,

Des manitous manichéens […], sorciers et puissances démoniaques du moyen âge, […], Manfred, Lara, marins qui ressemblent au Corsaire, […], jusqu’à – Maldoror refermé – Dracula, Fantômas, les criminels de romans policiers, sans oublier les diables de cinéma, la mythologie moderne est hantée de figures maléfiques. Dans l’antiquité, la fascination des héros méchants n’était pas constituante : c’est la grandeur – exploits gigantesques, malheurs immenses – qui charmait alors l’imagination. Le goût de la méchanceté est moderne. En Europe, il semble dériver de la décrépitude du christianisme, lequel, d’une religion optimiste annonçant un prochain salut, a durant le Moyen Âge évolué vers un dualisme tendant à figurer de plus en plus l’Histoire comme une guerre, dont l’âme humaine serait l’enjeu, entre Dieu et Satan, adversaires de force sensiblement égale. Séducteur doté de tous les prestiges propres à plaire aux âmes candides, Satan campe dès lors en face du Messie sauveur un Perditeur de calibre voisin où se retrouvent, inversés, la plupart des attributs du Christ. (Certains traits du vampire s’expliquent ainsi : alors que JC donne son sang, le vampire le pompe. Alors que JC sort du tombeau pour n’y plus rentrer, le vampire n’en sort la nuit que pour y rentrer à l’aube.) Le judaïsme n’avait vu en Satan qu’un agent plus ou moins dévoyé de la divinité, bref un second rôle. Hegel, traduisant cela en « ruse de la raison », entend fermer la parenthèse romantique (marquer l’achèvement de l’histoire, comme il s’exprime). Mais Hegel anticipe : de purs héros romantiques (noirs, blancs ou mixtes) continuent d’accidenter toute l’histoire du XXe siècle : Hitler, Staline, le Che, etc. tandis qu’en littérature et ailleurs, en dépit d’une tendance à représenter le méchant comme de plus en plus dérisoire, le héros qui poursuit ses fins par tous les moyens n’en continue pas moins, parallèlement, de séduire les foules analphabètes.

 

Advertisements