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Appellation farcesque d’un ordre littéraire équivalent à celui de femmelettes, et très voisin de celui des écrivassiers funestes. Dans Poésies (I : 47), elle touche dix-sept écrivains (9 Français, 3 Anglais, 1 Américain, 1 Allemand, 1 Suisse, 1 Russe et 1 Polonais) qui, de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) à Leconte de Lisle (né en 1818) prêtent la cuisse ou le flanc à la critique énergétiste et performative de Ducasse. Chacun reçoit à cette occasion un totem sonore plus ou moins éclatant, style catcheur ou forain. L’expression Grandes-Têtes-Molles apparaît dans la lettre du 12 mars 1870 où Ducasse écrit : « Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes Têtes-Molles de notre époque. » En dépit du caractère excessivement irrévérencieux du ton adopté dans ce listage, à rapporter au style *bateleur, on aurait tort de croire, comme le suggère Sollers, à l’*ironie d’un discours qui masquerait en fait quelque secrète adhésion aux dispositions des auteurs cités. Ni secret ni ironie, mais un partage entre

un jugement littéraire ouvert (au lecteur de le moduler à son gré ; mais pour Ducasse il est clair que, dans un premier temps, ce jugement fut très favorable, au moins quant à Byron, Hugo, Lamartine, Musset)

  • un jugement moral décidé : savoir le rejet réfléchi d’un parti qui ne privilégie pas le choix de la bonté, admet le pleurnichement, la pose, l’orgueil stérile, contrevient à la dignité.
  • Marcelin Pleynet [Le plus court chemin de Tel Quel à L’Infini, p. 48] a fait le rapprochement qui s’impose entre cette liste des GTM de Ducasse et le listage, d’un ton étrangement voisin, qu’on trouve au centre du Crépuscule des Idoles (1888) de Nietzsche :

Impossibles (pour moi) :

Sénèque, le toréador de la vertu; Rousseau, le retour à la nature in impuris naturalibus; Schiller, le Clairon de Säckingen de la morale; Dante, l’hyène qui versifie sur les tombes; Kant, le cant en tant que caractère intelligible; Victor Hugo, le phare au bord de l’Océan de l’Absurde; Liszt, l’art de laisser courir son inspiration après les femmes, George Sand, la lactea ubertas, entendez la vache laitière au style coulant; Michelet, l’enthousiasme en bras de chemise; John Stuart Mill, la clarté qui blesse; les frères Goncourt, le singulier combat des deux Ajax contre Homère (musique d’Offenbach); Zola, les délices de la puanteur.

Trois noms sont communs à ces deux listes : Rousseau, Hugo, Sand, sans compter Dante qualifié d’hyène comme en (II : 13). Afin de tester « ce que ça peut bien vouloir dire », Marcelin Pleynet souhaite qu’on applique le procédé à des écrivains contemporains. Sollers a exaucé ce vœu [®Petites-Têtes-Molles]. La comparaison des résultats permet effectivement de saisir qu’entre le « premier degré », évident, de la liste de Nietzsche et le « second degré », non moins évident, de la liste de Sollers, il y a place pour un degré de vérité insidieuse, dont le balancement ne peut être arrêté que par la décision du lecteur. (Cf. sa formalisation in G. Spencer-Brown, Laws of form).

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