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Pour les modernes, il y a géométrie sitôt que, de deux figures, on peut écrire qu’elles sont égales : autant de définitions distinctes de l’égalité produisent autant de géométries distinctes. En littérature, si l’on observe que deux figures de style ont des effets de même force, on peut voir en cette identité vectorielle une façon de définir l’égalité dans un champ longtemps cru non métrique (alors que la mesure affecte en poétique un sens précis). Également beaux sont, selon Lautréamont, les comparés bjde chacune des trois suites de « beau comme » – où chaque fois est appliqué le schéma P ~ b1 ~ b2 ~ b3 ~ b4. C’est le point de vue rhétorique, formel, sur la poésie conçue comme manipulation d’êtres littéraires de beauté égale ou non. De ce point de vue, le poète peut soutenir qu’elle est la géométrie par excellence (I : 47) : car elle engage, non des objets mathématiques abstraits, mais les contenus les plus concrets que nous sachions dans les lettres. La formule citée oppose le parti-pris de rigueur formelle à l’insurrection des *sentiments, fait primer, quant aux textes, aux gammes, aux modes et à leurs enchaînements harmoniques, l’ingénierie performative sur la génuflexion constative. Il est clair que la revendication géométrique équivaut par ailleurs à l’exigence d’être lu à la lettre, parti qui, évident en mathématique, s’avère aussi le plus fécond en philosophie de la poésie. Au Symbolisme, qui, via la mystique imprécise des « correspondances », voit dans l’univers « une immense algèbre dont la clé est perdue » (Verhaeren, 1887), ce qui prépare le fidèle à se prosterner devant un (peu) nouveau dieu, à attribuer à la chose ce que le poète entreprenant admet de tenir pour l’indice de sa propre force, Ducasse oppose une vision législative et ordinatrice où le gouvernail des *comparaisons est aux mains des agents de l’écriture. Si l’on demande vers quelle philosophie des *mathématiques : platonisme, formalisme ou opérationalisme, penche la vision ducassienne, il faut répondre qu’à ce stade le choix n’est pas tranché. Car si, d’une part, il est impossible d’attribuer au poète la paternité des *lois, paternité imputable à [l’auteur de] notre structure, il est, d’autre part, indiqué d’affecter au poète l’invention des outils qui figurent dans sa trousse d’intervention : secouriste intellectuel précis et compétent, médecin des textes malades, il acceptera, le cas échéant, d’user de tout algorithme opératoire. Par ailleurs la maxime (II : 103) permet d’accuser l’opposition entre la direction *théorique et *railleuse (celle de la science, de la philosophie abstraite de la poésie, qui n’appelle pas d’*application) et la direction technique (qui ordonne les transformations textuelles visant la *vérité pratique). Les deux directions abstraite et concrète – philosophie de la poésie vs exercice du plagiat zélé (*PZ) – sont ainsi détachées l’une de l’autre, invitant à écrire que la première permet (sans l’appeller) la seconde, comme elle permettra bien d’autres modes techniques, s’il s’en trouve. Accuser la force du point de vue géométrique fait saillir en regard la force du point de vue éthique, non pour inviter à un choix entre eux deux, mais pour faire sentir la nécessité d’une po-éthique qui synthétise ces deux options partielles. L’indépendance du *beau et du bien étant posée, naît le problème de leur conciliabilité. Il est à traiter sous le rapport du troisième point de vue, celui de la vérité théorique (ou logique), qui impose la discussion du *signe des propositions (affirmées, niées, affirmées/niées ou non affirmées/non niées). La synthèse totale résout la question laissée en suspens dans le cadre des *morales poétiques. Enfin, le mot géométrie pointe clairement, à l’oreille de l’ami des oiseaux – j’ai haut mes trilles –, le lieu d’où fuse tout chant altier.

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