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« Quant à la forme littéraire, il n’y en a pas. C’est de la lave liquide. C’est insensé, noir et dévorant. » décrétait *Bloy en 1885 au sujet des Chants. Ducasse est nettement plus précis quand il écrit : « C’était quelque chose dans le genre du Manfred de Byron et du Konrad de Miçkiewicz ». L’association de ces deux titres – Manfred, Konrad aussi bien que l’emploi du second comme titre marque ici de la part de Ducasse une référence ouverte à l’Essai sur le drame fantastique – Goethe, Byron, Mickewicz de George Sand. C’est Sand en effet qui dans ce texte capital (1839) isole comme genre à part le drame fantastique (ou, note-t-elle, drame métaphysique, « vrai nom qui conviendrait à ces productions étranges et audacieuses, nées d’un siècle d’examen philosophique, et auxquelles rien dans le passé ne peut être comparé ») et c’est elle qui, pointant en Faust, Manfred et Konrad les trois piliers du genre, prend sur elle de les unifier en un seul héros dont elle étudie l’évolution spirituelle sous la plume des trois poètes. Quant à l’intitulé Konrad, c’est bien elle aussi qui en assume la responsabilité : « j’intitule ainsi, écrit-elle, le fragment de Mickiewicz dont je vais essayer de rendre compte, quoique ce fragment n’ait point de titre, ni dans la traduction, ni dans l’original, et soit seulement désigné : Troisième partie des Dziady, acte Ier. » Dans l’intention déclarée de l’auteur, Maldoror s’inscrit donc, génériquement, dans le prolongement d’une forme littéraire très spécifique, si spécifique que sa reprise par Byron fut prétexte à une accusation de plagiat dont Sand défend l’auteur de Manfred :

Aussitôt émise, toute forme devient une propriété commune que tout poëte a droit d’adapter à ses idées ; et ceci est encore la source d’une grave erreur, dans laquelle est tombée trop souvent la critique de ces derniers temps. Elle s’est imaginé devoir crier à l’imitation ou au plagiat, quand elle a vu les nouveaux poëtes essayer ce nouveau vêtement que leur avait taillé le maître, et qui leur appartenait cependant aussi bien que le droit de s’habiller à la mode appartient au premier venu, aussi bien que le droit d’imiter la forme de Corneille ou de Racine appartient encore, sans que personne le conteste, à ceux qui s’intitulent aujourd’hui les conservateurs de l’art.

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