Étiquettes

, , , , ,

Onze ans avant la parution du premier Chant de Maldoror, un florilège poétique original valut à *Baudelaire une immédiate consécration. Les tribunaux de l’Empire le convièrent vite à se corriger, car ce recueil s’endeuillait de plusieurs pièces condamnables du point de vue de la santé publique. Le poète, condamné, s’acquitta, et les pièces rejetées, formant l’opuscule intitulé Complément aux Fleurs du mal se réfugièrent à Bruxelles sous l’aile de l’exilé Malassis : c’est le Supplément (comme approxime I. Ducasse) demandé dans la lettre du 21 février 1870, à l’important post-scriptum. En 1865, Pierre Larousse, bouclant son article Baudelaire (à la pointe de l’actualité, notez : Quel poète de moins de cinquante ans a pu depuis s’honorer de figurer dans un grand dictionnaire encyclopédique seulement huit ans après la parution de son recueil?), le grand Larousse, dis-je, espérait les Fleurs du Bien. Le 1er mai 1866, ayant su la grave maladie de Baudelaire, puis son apparente rémission, il espère derechef ; il écrit dans son paragraphe terminateur :

Espérons donc que le poète complètera, corrigera son œuvre : la ciel n’a pas voulu qu’il meure et le repentir poétique est désormais pour lui une dette d’honneur.

Mais le ciel courroucé n’en voudrait pas, crénom!, de cette palinodie sollicitée. Vous savez que le flambeau du repentir poétique et de la correction zélée ne serait ressaisi qu’un peu après, avec un machiavélisme inégalé par le héros du présent dico. Une bénéficiaire éminente en est (II : 61) la pièce cent-deux, Le Crépuscule du matin, qui, entre une « maxime sur la maxime » et une correction de Lautréamont, donne lieu à une descente de jeunes filles en fleurs, en qui l’on peut douter que Baudelaire eût reconnu les siennes. À part cette pièce, les seules autres Fleurs expressément visées dans les Poésies sont la pièce vingt-neuf (Une Charogne) et le vingtième numéro des Épaves (À une Malabaraise) ; Ducasse vise en eux (I : 46) une façon d’idolâtrie de la femme, fantasme qui, oscillant du dépècement symbolique à l’acharnement cadavérique, donne de cet être estimable une idée purement sensuelle de consommateur fatigué, en proie, nous apprend la médecine (mais cela, Ducasse l’ignorait) au tréponème pâle, paralyseur fatal en général. L’eût-il su, que Ducasse l’eût tu, car il n’y a presque rien sur la vie des auteurs dans les Poésies : les textes, leurs contenus, y sont seuls pris à partie. Si la morale veille, c’est, littéraire, en tant que correctrice des œuvres, non des hommes. Il faut tendre au général autre chose que la pétoire épique qu’agita Charles vers Aupick.

Advertisements