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, fissa ou fica est ce mou fruit vaginoïde (d’autres disent en forme de poire) qu’on dit avoir été offert par Ève à *Adam (fuck, nom vulgaire de la copulation chez les Anglois & autres Germains, dérive de l’italien fica ; la pomme, fruit du Nord, étant incomestible en Eden et connaître s’entendant en hébreu pour copuler, l’arbre de la connaissance passe ainsi pour celui du coït (bien des choses se font à l’ombre des figuiers dans la Bible), *rire en hébreu tournant à son tour en euphémisme pour copuler. D’où cette connaissance par le rire vantée par Nietzsche en son Gai savoir et Cavanna en ses Écritures. La figue risible fit gracieusement l’objet d’une fable que rapporte en particulier *Baudelaire (De l’essence du rire), à propos d’un âne qui en mange une et un « philosophe » qui en rit à mourir. – « Philosophe, oui mais lequel ? » interroge Bertrand David qui (Cahier Lautréamont XLIII-XLIV 1997/2) répond : le stoïcien Chrysippe, pour nous donner à lire Diogène Laerce, lequel en ses Vies et Opinions des Philosophes écrit : « Certains disent que [Chrysippe] mourut secoué par le rire ; comme un âne mangeait des figues, il dit à sa vieille servante : « Fais-lui maintenant avaler du vin », et il mourut en se fendant la pipe. » D’autres textes antiques (Valère Maxime, Lucien, Apulée) qualifient le mortel rieur de poète, auquel certains donnent le nom de Philémon ; a contrario ce détail – la poésie – donne à penser que c’est bien à Chrysippe que Ducasse pense. Oyons néanmoins Rabelais :

Ajoutons Philémon, à qui son valet avait préparé des figues fraîches comme entrée à son dîner. Pendant qu’il était allé chercher le vin, un âne couillard égaré était entré au logis et s’occupait à manger les figues posées sur la table. Philémon, arrivant et contemplant avec curiosité la grâce de l’âne sycophage, dit au valet qui était de retour : « La Raison exige que, puisque tu as laissé les figues à la dévotion de cet âne tu lui donnes à boire de ce bon vin que tu as apporté » ; ayant dit ces mots il entra dans une gaîté d’esprit si excessive, et se mit à rire si fortement et si longuement que l’effort de la rate lui coupa la respiration et qu’il mourut subitement.

Rabelais (Quart Livre, ch. 17), translation moderne

des élèves de la faculté des lettres de Clermont (Seuil, L’Intégrale).

Observez que dans cette version, c’est de la joie que lui procure son propre esprit que le non abstème Philémon crève de rire ; l’histoire n’est pas moins édifiante, mais elle est autre, et sa leçon aussi : c’est qu’il ne faut s’emballer à son propre feu. Diogène Laerce présentait déjà l’anecdote comme un on-dit : racontar que maints conteurs ont dû tourner à leur façon, comme on va aujourd’hui répétant des mots dont, comme par hasard, la plupart trouvent finalement asile chez Tristan Bernard (le dernier mot que j’ai ouï en un tel flagrant-délit était de Max Jacob). Lautréamont (IV, 2) évoque l’anecdote de l’âne sycophage pour en produire aussitôt la forme inverse, la figue mangeant l’âne, dans une critique du *rire qu’on peut lire comme complétant et corrigeant celle de Bau de La Hire. (Je ne sais quoi me met en colère dans cette histoire.) De même qu’en chimie les formes gauche et droite d’une même molécule produisent des effets tout différents sur le *goût, il n’est pas étonnant qu’un âne mangeur de figues et une figue mangeuse d’âne causent des réactions diverses chez des goûteurs distincts. Cela permet de dégager une loi rhétorique inédite : en poésie l’envers de la figure des inverses n’équivaut pas à l’envers de la figure inverse ; cette loi confirme qu’un lecteur, même tout retourné, n’est pas un milieu neutre.

 

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