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Né en 1929, professeur de littérature à l’université de Lyon. Plus connu depuis pour sa thèse sur le gazage des Juifs (selon lui un « mythe », une « escroquerie » d’origine sioniste), le Pr Faurisson avait, dès 1971, appliqué sa version de la méthode paranoïa-critique aux Poésies (selon lui un « canular », une « farce » de carabin). Sa laborieuse technique réductionniste consiste à considérer le texte dans son détail (comme à la loupe), à isoler chacune de ses phrases, à en vulgariser la signification en la reformulant en termes assez plats pour donner à penser que le « Poète » (ici les guillemets sont de RF) se moque, mais d’une manière grossière et peu intelligente. Le résultat – A-t-on lu Lautréamont ? (Gallimard 1972, coll. Les Essais) – est curieux. On y distingue 1° une strate documentaire de qualité (Faurisson est le premier à identifier la poétesse Dolorès de *Veintemilla) ; 2° une strate de lecture au premier degré à la portée du premier venu (l’auteur prend le parti de lire le texte comme s’il émanait d’un débile léger, mais matois) ; enfin 3° une strate de lecture interprétative, de qualité négative ou nulle puisqu’elle se ramène à un parti-pris de non-lecture comparable à celui des manuels scolaires, de Paul Guth, d’Albert Camus, etc. On peut se demander ce qui motiva ce relatif érudit à accomplir un si long travail, pour un résultat dont il avait au départ décidé qu’il serait décevant : « le  » Poète  » est un plaisantin ». À tout prendre, sa tentative de démystification des chambres à gaz paraît d’une motivation plus compréhensible : laver l’humanité du soupçon de CRIME CONTRE SOI peut, après tout, passer pour une cause noble et grande, surtout si le pari est impossible. Faurisson a le mérite d’avoir été sensible à un point qui, avant lui, semble avoir échappé aux commentateurs : l’allocutaire des Poésies, celui qui y parle du haut de la tribune du Savoir Solide, c’est *Hinstin, l’« ancien professeur de rhétorique ». (Faurisson se trompe pourtant en traitant les Poésies comme un bloc : en fait Hinstin n’est l’allocutaire que de Poésies I.) Cette dérision – puisque, pour RF, il ne s’agit que d’une dérision – du discours du professeur de rhétorique a pu piquer à vif cet universitaire : s’il avait donné à son livre son vrai titre, il l’aurait intitulé La Vengeance d’Hinstin : Hinstin, lisant Poésies I, eût pu croire que ce court écrit ne visait qu’à se payer sa tête – tout comme, selon Lespès, il avait pu, en 1863, penser que certaine composition un peu corsée de l’élève Ducasse n’était écrite que dans ce but. Il aurait alors, gageons-le, saisi sa plus belle plume de professeur pour corriger (en homme du métier) tout ce qui prêtait à correction dans ces pseudo-« poésies » puériles, retourner contre l’élève insolent la raillerie que celui-ci avait développée à son encontre. Nourrie par son irritation, sa patience serait venue à bout de composer un « A-t-on lu Lautréamont ? ». Mais la vengeance est aveugle. Elle ne voit pas que la distance intérieure au texte de Ducasse n’est pas une ironie qui se puisse isoler, ramener à la satire ou à la farce : elle est inséparable d’un sérieux tout aussi résolu. Faurisson voit bien le sérieux (qu’il nomme «bêtise prudhommesque») mais le caractère inséparable passe son entendement. L’inséparabilité n’entre pas davantage dans ses catégories (il n’a pas assez étudié la mécanique quantique) que les imaginaires (il n’a guère dû calculer en nombres complexes) ; cela fait qu’il livre des Poésies la sidérante lecture d’un paysan du Danube un lendemain de mobilisation. 

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