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Figure évoquée à la dernière strophe du Chant IV. Maldoror délire sur sa disparition, qui préfigure celle de Mervyn au Chant VI, dans un style de récit haché, unique en son genre, qui rend cette strophe inoubliable. C’est, depuis (I, 4), la relation la plus explicite des amours sadiques entre Maldoror et un adolescent. Détail numérique : une seule année les sépare (Il avait quatorze ans, et je n’avais qu’un an de plus.) Cela a suggéré aux biographes un rapprochement avec l’aventure supposée, à des âges voisins, entre le jeune Ducasse et Dragon de *Gomiécourt, aventure qui aurait donné lieu, suivant l’interprétation la plus dramatique, au renvoi des deux élèves, le puiné aboutissant dans la « boîte à curés » de Saint-Pé (JJL : Isidore Ducasse, p. 199 et note 7 p. 205), l’aîné à Montevideo ou ailleurs. Le hic est que ce n’est pas un an, mais deux ans et demi, 906 jours, qui séparent Ducasse et Gomiécourt. Mais, l’interprétation freudienne est bien plus comique : entendant Phalle meurt sous Falmer, il est inévitable que la sauvage analyse lise dans cette strophe non un simple assassinat fantasmé, mais une classique hantise de castration, retournée en décision origénique amère d’en finir une fois pour toutes avec ce membre charnel, la plupart du temps instrument très dangereux entre les mains de celui ou de ceux qui s’en servent à des fins diverses (V, 6). À cela se combine un très beau complexe de Caïn, qui peut être personnel (Isidore aurait eu un *frère adultérin) aussi bien qu’hérité (par exemple de Victor Hugo, chantre de Caïn qui eut en son propre frère cadet Eugène, poète colloqué en 1822, un fort bel Abel). Presque tous ces thèmes se retrouvent à la dernière strophe du Chant V, où la victime, Elsseneur (elle se meurt), bénéficie d’un défenseur, Réginald, et où la mutilation se mue en poing tranché. Qui disait que celui qui prétend faire l’analyse d’un auteur à travers un texte ne fait jamais que la sienne?

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