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On a relevé celui évoqué (V, 2) :

Il vient de mourir, presque inconnu, dans un petit port de Bretagne, un maître caboteur, vieux marin, qui fut le héros d’une terrible histoire. Il était alors capitaine au long cours, et voyageait pour un armateur de Saint-Malo. Or, après une absence de treize mois, il arriva au foyer conjugal, au moment où sa femme, encore alitée, venait de lui donner un héritier, à la reconnaissance duquel il ne se reconnaissait aucun droit. Le capitaine ne fit rien paraître de sa surprise et de sa colère ; il pria froidement sa femme de s’habiller, et de l’accompagner à une promenade, sur les remparts de la ville. On était en janvier. Les remparts de Saint-Malo sont élevés, et lorsque souffle le vent du nord, les plus intrépides reculent. La malheureuse obéit, calme et résignée ; en rentrant, elle délira. Elle expira dans la nuit.

On doit remarquer que rien, dans cette histoire, n’est de nature à avoir fait l’objet d’une mention dans aucun journal de 1868 ou 9, sauf à la rubrique nécrologie d’une feuille locale bretonne ou d’une Revue des eaux et des ports au profit des marins retraités. L’anecdote elle-même, pouvant remonter à trente ans ou plus, est du ressort de la tradition orale, non de la chronique judiciaire, qui n’a rien à y glaner. Elle peut avoir deux sources : le récit oral d’un ami d’origine bretonne, et/ou la lecture directe (peut-être en Bretagne) d’une feuille locale. Si l’on tient à des précisions, il ne devrait pas être difficile de faire la liste des vieux capitaines au long cours, nés autour de 1800, domiciliés à Saint-Malo vers 1835, et décédés en 1868 ou dans ces eaux-là. Le capitaine *Aubry, commandant en 1867 le navire malouin Le *Harriet, aurait pu, comme le suggère S. C. David, être la source orale de ce récit.

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