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Ceux qui lisent Isidore Ducasse sans s’en servir, qui détaillent cette machine littéraire inouïe sans la lancer, la mettre en œuvre, sans appliquer la méthode que l’inventeur proposa et illustra, me font penser à des analphabètes qui auraient trouvé un ordinateur dans un bureau abandonné et qui, au lieu de le brancher, d’essayer de le faire fonctionner, de faire tourner des logiciels, etc., passeraient leur temps devant son capot ouvert à béer devant ce qui s’y trouve, à ôter les cartes, à retourner le processeur, à compter les broches, les trous, les baies, les barrettes, tout cela sans savoir un pâle mot d’électronique ou de connectique, pas un ne se demandant

À QUOI

peut bien servir l’appareil ainsi « étudié »,

QUE

voulait l’auteur,

POURQUOI

il a fait ce qu’il fait quand il l’a fait et comme il l’a fait. C’est le fait d’une étrange tribu de sauvages cravatés, à la voix égale, à la poitrine calme, aux sourires pareils, mais de peaux diversement colorées. Ceux-là auraient aussi bien pu vivre si Isidore Ducasse n’avait jamais existé ; leur existence s’écoule identique, sa lecture n’y a rien changé ; leur morale, leur écriture restent ce qu’elles étaient avant qu’ils sachent son nom ; et ce nom n’est pour eux qu’un prétexte à thèses, dans un domaine un peu moins couru que Baudelaire, infiniment moins que Rimbaud, que sans doute ils révèrent davantage parce que c’est l’opinion de la plupart. Ils s’infiltrent. Dois-je ajouter leur nom à ce suffisant signalement ? – Grégaires.

 

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