Étiquettes

, , , ,

L’erreur est la légende douloureuse. (II : 17)

Douloureuse, parce qu’elle livre le décompte d’une dette à acquitter au quotidien, d’un devoir de *correction qui n’est autre que celui qui gouverne les actes du littérateur évolué. Légende, parce que, vus d’assez haut, tous les termes erronés prennent place dans une série intégrable en *morale positive : ils sont le levier d’un *genre en incessant *progrès. L’*appréciation des termes d’erreur est la condition mathématique de l’exactitude des approximations. En morale, la question se complique du grand nombre des modalités que l’erreur revêt, et du fait que nombre d’auteurs la cultivent sciemment. Raymond Queneau avait le projet d’un volume de l’Encyclopédie de la Pléiade intitulé L’erreur, le mensonge et l’illusion. Faute du volume en question, jamais paru, nous manquons d’un recensement méthodique des variétés de ce genre passionnant. Cependant, Isidore Ducasse suggère, par sa pratique, que, peut-être, la catégorie de l’erreur n’est pas aussi ferme qu’on est d’abord tenté de le supposer, et que l’on gagnerait à la tenir pour un mode répréhensible (disons, plus ducassiennement, perfectible ou correctible) de retraitement des textes. Il y a un monde entre la *littérature égoïste de ceux qui n’écrivent que pour affirmer une personnalité, mettre en scène des projections si originales qu’ils feindraient presque, si on les laissait faire, d’être les premiers à tenir une plume – et la conception de ceux pour qui la littérature est un chantier (du mot chant) où, l’erreur étant partout, l’idéal du perfectionnement ne risque de manquer d’objets nulle part. Les premiers sont hantés par le fantôme de l’impuissance personnelle ; les seconds sont émerveillés par l’opulence de la *bibliothèque. Pour les uns, le filet maigrelet de leur propre voix est le rû qu’ils veulent déguiser en Amazone, en Nil ou en Amour ; pour les autres, la *poésie ne saurait désormais se séparer de sa propre science. Les premiers sont les victimes de la topographie scolaire qui, apostant les élèves côte à côte en position de concurrence hargneuse, couronne les bons, rejette les mauvais. Les seconds, fiers d’une splendeur qui ne doit rien à l’école, sont les promoteurs d’un travail concerté, où l’esprit se rassemble dans la chaleur de la conscience littéraire délocalisée.

Advertisements