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L‘émotion n’est pas le fort d’Isidore Ducasse écrivain. Chantant l’Océan, il entonne sa strophe par un Je me propose, sans être ému... La froideur du calme, le dédain des larmes (froideur et non-humidité composent en astrologie le feu, dont le Bélier est le signe cardinal) sont les constantes anti-sentimentales d’une prose qui ne table pas sur l’adhésion du lecteur, mais réclame de lui une *confiance qui discute légalement, avec une secrète sympathie, les mystères poétiques, trop peu nombreux, à son propre avis, que [l’auteur se] charge de lui révéler. Ici, au commencement de l’écriture, il n’y a pas – comme chez un Lamartine ou un Céline par exemple – l’émotion, qui remue les intérieurs de l’âme sans garantie d’un point de repère ; mais, la volonté de conduire, comme une jument, la bête intime des passions suivant les directives marquées par les rênes de la raison. On a posé au départ, orientant l’ensemble des forces en mouvement, l’existence d’un point d’horizon élu situé sur la bissectrice qui divise l’angle des *grues. Dans ce cadre géométrique excellent, on peut, certes, s’attendre à entendre retentir, comme souvent en littérature, des cris, des soupirs, des exclamations cocasses, des bruits de chaînes, les vertiges de la colère, les poissons plats de l’attendrissement, etc. : on fera bien de ne pas supposer l’auteur possédé des émotions correspondantes. S’il existe un plaisir, assez fade, à « partager des émotions » (comme s’exprime le peuple, ce vieil ami des rencontres sur le zingue), il en existe un plus vif et plus tonique à voir un calcul aboutir. Tel est le mode poétique non hypocrite des rapports qu’un homme de lettres, décidé à ne pas se laisser étourdir par les chais et rasades de l’aveulissement, entretient avec les principes fondamentaux de la poésie. L’émotion n’y a nulle part.

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