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Rien n’est plus imparfait que l’égoïsme à deux. (II : 16)

La critique de l’amour romantique ressortit naturellement à celle des livres criminels. Médiateur du mal, excitant, modèle, le livre – celui qu’on ferme (I : 26) et celui qu’on tuerait (II : 54) – est au centre de la problématique amoureuse. René Girard, peut-être le seul contemporain qui, rejoignant et prolongeant Isidore Ducasse (sans s’en douter, semble-t-il), ait donné à la critique de l’idéologie romantique l’ampleur et le sérieux souhaitables, écrit à ce sujet dans son article De «La Divine comédie» à la sociologie du roman (Critiques dans un souterrain, LP p. 178) : « Paolo et Francesca ne réalisent jamais, même sur le plan humain, le solipsisme à deux qui finit en passion absolue : l’Autre, le livre, le modèle est présent dès le principe. C’est lui qui est à l’origine du projet solipsiste. Le lecteur romantique et individualiste ne perçoit pas le rôle de l’imitation livresque précisément parce qu’il a foi, lui aussi, en la passion absolue. Attirez l’attention de ce lecteur sur le livre et il vous répondra qu’il s’agit là d’un détail sans importance. La lecture, à l’en croire, ne fait guère que révéler un désir préexistant. Mais Dante donne à ce « détail » un relief qui rend plus saisissant encore le silence fait autour de lui par les commentateurs modernes. Les interprétations qui minimisent le rôle du livre sont toutes balayées par la conclusion du récit de Francesca : Galeotto fu il libre et chi le scrisse. » Réciproquement :

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