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La Haye 1596 – Stockholm 1650.

Ce penseur est nommé à la strophe (II, 10), dite des mathématiques :

Le penseur Descartes faisait, une fois, cette réflexion que rien de solide n’avait été bâti sur vous. C’était une manière ingénieuse de faire comprendre que le premier venu ne pouvait pas sur le coup découvrir votre valeur inestimable.

La citation originale, page 5 du Discours de la méthode, est :

Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l’évidence de leurs raisons ; mais je ne remarquais point encore leur vrai usage, et pensant qu’elles ne servaient qu’aux arts mécaniques, je m’étonnais de ce que, leurs fondements étant si fermes et si solides, on n’avait rien bâti dessus de plus relevé. Comme, au contraire, je comparais les écrits des païens qui traitent des mœurs, à des palais fort grands et fort magnifiques, qui n’étaient bâtis que sur du sable et sur de la boue. Ils élèvent fort haut les vertus, et les font paraître estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde ; mais ils n’enseignent pas assez à les connaître, et souvent ce qu’ils appellent d’un si beau nom n’est qu’une insensibilité ou un orgueil, ou un désespoir, ou un parricide.

(On voit que Ducasse cite de mémoire : il mue relevé en solide.) Il faut se rappeler qu’au temps de Descartes, l’on n’avait, effectivement, pas encore exploité la cent-millième partie des virtualités des mathématiques, où beaucoup ne voyaient qu’un trésor de jeux d’esprit, un moyen de se distraire de l’ennui des corps. Sans parler de leurs applications internes, qui remplissent maintenant des bibliothèques, leurs applications externes se réduisaient alors à ce qu’Archimède, les astronomes et les arpenteurs en avaient fait. La physique mathématique venait à peine de naître sous la plume de Galilée, et la philosophie mathématique n’existait pas davantage que le calcul infinitésimal. On avait commencé à manipuler les *imaginaires (c’est Descartes qui baptise ainsi les solutions non réelles des équations algébriques), mais sans leur associer d’interprétation géométrique. Bien qu’il ait travaillé à unifier le langage de l’algèbre et de la géométrie en développant la méthode des coordonnées (longtemps appelée géométrie analytique), véritable machine à moudre les problèmes sur la base d’un postulat unique : la fixité du point O représentatif de la position du sujet de référence, ego sum qui sum, au milieu de l’espace des figures – Descartes, comme plus tard Newton, voit les mathématiques en physicien. Le solide ou plutôt le relevé dont il déplore l’inconstruction sur la ferme base des mathématiques, ce sont tout simplement les sciences exactes. La remarque de Lautréamont est juste, mais il n’est pas sûr que Descartes y ait beaucoup rêvé : il faut de l’ingéniosité, ou plutôt un esprit tourné vers l’aspect psychologique des choses pour la déduire de la phrase originale. Que la valeur des mathématiques soit inestimable, certes, et qu’il soit étrange, vu la quantité de grands esprits qui les ont cultivées, qu’il ait fallu attendre les quatre derniers siècles, une poussière dans l’aventure de l’humanité, pour les voir s’épanouir, cela frappe. Le premier venu, bien sûr, doit a fortiori se sentir un peu dépassé. Quant au poète, il voit, dans cette longue latence d’un immense corps intellectuel, une image éclatante de l’accroupissement de la pensée en un cerveau comprimé dans une tête d’épingle. Maldoror, dont le travail est de construire les conditions de sa vigilance, ne peut que s’émerveiller de leur dressement gigantesque au terme d’un si long sommeil. La mathématique est sa grande sœur.

®Mathématiques, Tergiversatio

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