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Thou whoreson zed ! thou unnecessary letter !

Shakespeare, King Lear, II, 2.

Premier des douze dédicataires des Poésies et seul vivant objet d’une apostrophe nominale dans les écrits d’Isidore Ducasse. Enfant précoce, le plus brillant élève qu’ait connu le lycée de Tarbes, il y étudia de 1861 à 1867. Isidore Ducasse et lui s’y trouvaient donc en même temps l’année scolaire 1861-62 (Dazet trois années au-dessous : il entre en septième quand Isidore Ducasse entre en quatrième). Ils ont sûrement gardé des relations privilégiées au-delà de ce compagnonnage tarbais. De 1867 à 1870 – c’est-à-dire durant les trois années du séjour parisien d’Isidore – Dazet est pensionnaire de l’institution Lesage et élève au lycée Charlemagne où il fait sa troisième, sa seconde et sa rhétorique : sauf fâcherie, ils n’ont pu manquer de se voir durant cette période – et si fâcherie il y eût, elle n’empêcha pas l’auteur des Poésies d’écrire, en avril 1870, le nom de Georges Dazet au premier rang de leurs dédicataires. Son nom apparaît neuf fois dans la version initiale du Chant premier, datée d’août 1868 ; sa substitution par la lettre D. dans la deuxième version de ce Chant premier semble prouver que le jeune Georges a préféré ne pas voir son nom mêlé aux douteuses aventures de Maldoror ; mais l’adoption comme substituts dans la version définitive de divers noms d’animaux impopulaires peut n’avoir eu d’autres raisons que littéraires ou ludiques (ils ont très bien pu jouer ensemble à trouver des substituts pittoresques à un  » D. » plutôt sec.) Dazet obtint son baccalauréat ès lettres à Toulouse en novembre 1870, une dizaine de jours avant la mort d’Isidore Ducasse ; il avait dix-huit ans et sept mois. Joueur, il se rendit coupable en 1876 d’un abus de confiance que ses adversaires politiques devaient souvent rappeler au public ; ce fait est le premier qui entacha une carrière qui s’annonçait éclatante. Personnalité complexe et brillante, remarquable avocat, socialiste, franc-maçon dès 1886, fondateur de la loge de Lourdes en 1888, quelques temps secrétaire de Jules Guesde, membre de la SFIO en 1905, finalement petit juge de paix, Dazet fera une carrière politique de second plan et publiera des essais politiques dont le plus connu s’intitule Lois collectives pour l’an 19.. (1907). Obèse, truculent, dépensier, luxurieux, il apparaîtra encore, en 1909, comme l’un des deux monteurs d’une escroquerie restée fameuse – un truc à la noix pour fabriquer des diamants – sous le nom d’affaire Lemoine (prétexte à variations au Proust des Pastiches et mélanges.) – Une anecdote personnelle pour achever le portrait de D. : j’avais mis du temps à traduire un livre de H.M. Edwards sur la fonction z(s) = 1 + 2–s + 3–s + … (où s = s + it) dont les zéros non triviaux se trouvent tous, suivant l’hypothèse de Riemann – toujours indémontrée en 2004 – sur la verticale s = ½. Je ne me suis aperçu qu’hier – 8/8/97 – que Dzeta est une *anagramme de Dazet.

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