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Figueras 1904-1989.

Écrivain, penseur, mystificateur médiatique et artiste catalan. L’un des rares de sa génération qui ait, dans ses livres, ses tableaux, ses propos, ses interventions, intégré la logique ducassienne et la méthode de composition qu’elle implique, adopté l’angle particulier de vision dont elle dépend et assimilé goûteusement le sel positiviste et dogmatique des Poésies. Il y adjoint une dimension gastronomique et impérialiste absente chez Ducasse (à qui certains ne pardonnent pas le mystère dont il enrobe la réalité des pralines que Mervyn dit avoir achetées pour ses petits frères) ; il y adjoint aussi un éloge du dollar à lire comme une énigme du même type que son éloge des « petites fesses de Hitler », éloge d’une opportunité trop rarement soulignée par les historiens : si, comme Dali le conseillait non sans gravité, l’on se fût arrangé, en temps utile, pour disposer le Führer en façon de contempler côté fesses et non côté moustache son anatomie harmonieuse, la face de l’histoire aurait changé. Un peintre orgueilleux ne pouvait rendre un hommage plus exact à celui qui ne rêvait, selon les termes de Mein Kampf, rien de mieux qu’une carrière de « petit aquarelliste », et ne fut déçu dans ce désir non barbare que par l’ineptie d’un jury d’Académie, qui le jugea doué davantage pour les meetings que pour la peinture. Ah ! qui dira les torts des académies et combien de maux l’humanité leur doit ! Comparez la façon dont s’exprimait oralement Dali avec celle de n’importe quel « surréaliste » : vous comprenez vite que le seul vrai surréaliste est, comme Dali s’en vantait, Dali. Qui enracine sa parole dans la surréalité ne saurait publiquement s’exprimer avec simplicité. Pour vocaliser le complexe en termes simples, il faut s’en être donné les moyens, qui sont d’ordre ultralogique ; sinon, il faut au moins faire sentir que celui qui parle n’est peut-être pas moins (ni plus) que le support à double antenne d’un *discours dont la source est dans l’atmosphère intellectuelle, qui en frémit, et non point, comme l’imagine le vulgaire passant, dans les lobes cérébraux d’un spécimen humain de rencontre, masque comme un autre. « Ce ne sont pas les déguisements qui le transforment ; c’est lui qui transforme les déguisements, en les réduisant au dénominateur commun de sa personnalité […] ; les métamorphoses, le trompe-l’œil, les illusions d’optique, les apparences multiples sont aussi délibérées dans sa personne que dans son œuvre » écrit Luis Romero dans Tout Dali en un visage. Dali s’inscrit, après *Jarry, au nombre de ceux qui, non sans *cruauté, s’incarnent dans la marionnette qu’ils panto-miment. Ajoutons que le comble de l’épate est le meilleur masque du comble de la modestie, et qu’une personnalité non effacée, mais campée dans la rue comme l’enseigne en carton d’un coiffeur de luxe, est l’évident moyen de collecter, sans danger pour l’épiderme du visé, les dards lancés de toutes parts, accueillis par ce fétiche insensible comme les *mouches sur un ruban pendant de papier collant. De Dali, lisez surtout La conquête de l’irrationnel, Cinquante secrets magiques, Le mythe tragique de l’Angélus de Millet. En 1934 il a illustré de 42 eaux-fortes l’édition Skira des Chants de Maldoror.

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