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Admirable farce de la nature (V, 1), cette friandise n’est pas à proprement parler ce qu’Alain Ducasse appellerait une farce, mais la nature a des licences que la cuisine s’interdit. Certains se demandent si la «farce de la nature» ne consiste pas plutôt dans le penchant marqué pour le caramel que, dans l’hypothèse lautréamontienne, le lecteur aurait, dans quelque moment de moquerie de cette instance supérieure, reçu d’elle. Cette interprétation n’élimine pas la première, et vous devez penser que, si la phrase les autorise toutes deux, c’est qu’elle fut calibrée pour n’en exclure aucune. L’une ne peut pas être rejetée par moi. L’autre a pu être acceptée de l’auteur. Jean-Pierre Lassalle nous apprend qu’on obtient, dans les foyers du Midi de la France, le caramel en faisant brûler, sur une pelle, rougie au feu, un morceau de sucre (dont la couleur importe peu au résultat), ce qui donne son sens gustatif et suçable au mot canard qui vient après dans cette phrase (I : 29). Certes, la remarque qui précède sur l’*interprétation multiple s’impose encore ici, étant bien clair que le canard du doute est une entité abstraite, liée dans la phrase en question avec l’habitude qu’avaient (ils ne l’ont pas tout à fait perdue, je pense) les échotiers et autres lanceurs de canards de s’attabler, aux terrasses des boulevards, en trempant leur lèvres dans le vermouth, et en échangeant des propos sceptiques. Cette leçon vaut bien un caramel ? Sans doute.

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