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Quand Isidore Ducasse écrit que Racine, Corneille auraient été capables de composer les ouvrages de Descartes, de Malebranche, de Bacon, il engage non la capacité technique, fait contingent, mais la capacité *morale, qui suppose ici que l’écrivain considère avec la même constance, la même passion intellectuelle, les objets du philosophe, du physicien, du mathématicien, du moraliste, qu’il considère les objectifs de la poésie, de la littérature. Rien n’est plus impertinent que de cloisonner la littérature à l’évocation d’événements, propres à distraire un instant, mais généralement porteurs d’une instruction nulle. Pour un même esprit, les efforts de la mathématique en vue de produire des catégories de pensée plus précises, plus réglables, plus articulables, sont neuf mille fois plus intéressants que les difficultés de Rodolphe et d’Emma. L’écrivain qui n’est pas capable de comprendre cela, d’en tirer la leçon dans ses ouvrages, est infirme. *Flaubert, en consacrant ses huit dernières années d’écriture à mettre en scène la passion intellectuelle chez deux copistes qui en semblaient peu capables ; en témoignant que deux intelligences moyennes sont à même de relever les erreurs dont, par précipitation, insouciance, absence de sens moral ou toute autre raison, des génies plus grands qu’eux avaient toléré la présence dans leurs ouvrages ; et en montrant, à la fin du livre, ces deux amis attelés au travail de *correction appelé par l’erreur où qu’elle se trouve – a montré qu’il était capable de comprendre les Poésies, d’en tirer la leçon littéraire dans un *roman qui ne ressemble pas aux autres. Bouvard et Pécuchet est, mise en roman, cette leçon des Poésies. De fait, le *mal du siècle ne comportait pas deux solutions. Il n’en comportait qu’une. Si *Valéry, Sartre l’avaient compris, ils auraient fait d’autres livres.

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