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« On dit proverbialement qu’un homme est bien camus, qu’on l’a rendu bien camus, pour dire qu’il a été bien trompé, qu’il est déchu de ses prétentions, qu’il est bien honteux. On dit aussi par un proverbe contraire, qu’il a eu un pied de nez. » (Furetière). – À l’article NEZ de son Grand Dictionnaire, Pierre Larousse précise : « Quoi qu’il en soit, Socrate était camus : aussi Socrate avouait-il qu’il était né avec les dispositions les plus vicieuses et qu’il ne tenait peut-être qu’à un peu de paresse qu’il ne fût un grand scélérat. » La cible facile ici visée désigne en critique ducassique le ballon de foot de l’intempérance. Selon Breton – du reste exceptionnellement bien disposé envers cette cible –, n’eût été cette histoire dont les suites, bientôt, tueraient l’Oranais, on a affaire, en Camus Albert, à un simple cas de surdité (Entretien avec Aimé Patri) – grave quand en plus on n’a pas de nez. Recueil d’articles d’un moralisme insipide et d’une facture bâclée, L’Homme révolté révolta non seulement les gens des Temps modernes  mais, plus généralement, tous les lecteurs sensés. Camus en fut cassé. Après que la parution de ce malheureux libelle contre le bon sens eût reçu sa correction méritée par Francis Jeanson et l’article Sucre Jaune d’André Breton, Paulhan dit patelinement à l’auteur : « Albert, vous avez gagné en perdant. – Comment donc? – Vous étiez camus quand vous êtes venu chez les philosophes, mais vous en sortez avec un pied de nez. »

 

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