DC 12. Première incarnation du méchant dans la tradition biblique, ce personnage intervient dans de nombreux ouvrages poétiques, entre autres Le Paradis Perdu de *Milton, La Mort d’Adam de *Klopstock, et le Caïn de *Byron (1821) ; le premier des Poèmes barbares de *Leconte s’intitule Qaïn ; on retrouve aussi Caïn chez *Hugo. Byron a fait de Caïn un révolté soupçonnant la nature entière d’avoir été organisée en vue de perdre l’homme, étranger à sa prétendue harmonie : prémisses d’un renversement des valeurs au terme duquel les prétendus méchants sont seulement ceux qui, ayant ressenti le plus douloureusement l’injustice, n’ont pu y opposer qu’une fureur aveugle. Cette théorie de la *révolte a un fond optimiste puisque la *bonté foncière de l’homme en est la source subjective ; mais elle accuse la nature, ou son auteur, d’une discorde dont, du point de vue affirmé par Ducasse dans les Poésies, l’origine importe moins que le fait que l’*homme est *capable d’organiser sa résolution. Dans le cercle de la famille, le « complexe de Caïn », qui marque la volonté meurtrière du *frère aîné sur le cadet, rivalise agréablement avec celui, trop vanté, d’Œdipe. Quand le premier né a écrasé le second, il n’est que juste qu’il restaure, honorifiquement, la figure inefficace du *père dans son état pachydermique de plénipotence inatteignable ; en conséquence, le ducassien ne s’étonne pas que l’érection de la statue d’un *rhinocéros au coin de la rue Castiglione (1883) soit due au travail d’un sculpteur nommé, par un effet de la sagesse de l’Éternel, Caïn.

 

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