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(en hébreu l’homme, issu de la poussière du sol, adama). Il forme avec Satan le couple ambigu qui, opérant aux tréfonds de la mythologie moderne, dicte au héros romantique le registre de ses métamorphoses possibles. L’*homme est, avec *Maldoror et *Dieu, l’un des pôles (disons le pôle destinataire, adresse de l’envoi) du trinaire qui oriente les Chants de Maldoror ; mais on ne voit pas le quatrième pôle qui concilie ces trois curieux oiseaux de passage : j’entends l’auteur, qui continue de balancer inconfortablement ses amants entre Isidore Ducasse et le comte de Lautréamont, et dont il est souvent douteux quelle part de subjectivité il glisse dans l’enveloppe de Maldoror (pour être poète, on n’en est pas moins homme). C’est qu’il faut se maintenir soi-même dans un état de ductilité extrême pour ménager à la figure métamorphique centrale – Maldoror – la mutabilité génique qui lui permet d’évoluer d’une pure variation de Satan à la touchante, fragile posture de l’homme nu. L’indétermination du Je est la condition de jouabilité des Chants. – Des auteurs nommés par Ducasse, John *Milton est celui qui a campé l’Adam le plus digne. Le comique si particulier des dialogues entre les parents d’Édouard (I, 11), ou entre le commodore et son épouse (VI, II), s’apparente de près aux propos de ménage d’Adam et Ève enregistrés au Paradis perdu. *Taine les commente ainsi :

J’écoute, et j’entends un ménage anglais, deux raisonneurs du temps, le colonel Hutchinson et sa femme. Bon Dieu! habillez-les bien vite. Des gens si cultivés auraient inventé avant toute chose les culottes et la pudeur. […] Cet Adam a passé par l’Angleterre avant d’entrer dans le paradis terrestre. Il y a appris la respectability et il y a étudié la tirade morale. Écoutons cet homme qui n’a pas encore goûté l’arbre de la science. Un bachelier, dans son discours de réception, ne prononcerait pas mieux ni plus noblement un plus grand nombre de sentences vides :
Ma belle compagne, l’heure de la nuit et toutes les créatures retirées à présent dans le sommeil nous avertissent d’aller prendre un repos pareil, puisque Dieu a établi pour les hommes le retour alternatif du repos et du travail, comme celui de la nuit et du jour, et que la rosée opportune du sommeil, par sa douce et assoupissante pesanteur, abaisse maintenant nos paupières. Les autres créatures, tout le long du jour, vivent oisives, sans emploi, et ont moins besoin de repos. L’homme a son travail journalier de corps et de pensée, institué d’en haut, qui proclame sa dignité et le souci du ciel sur toutes ses voies, pendant que les autres êtres vaquent inoccupés, sans que Dieu leur demande aucun compte de leurs actions.
Très-docte et très-excellente exhortation puritaine ! – Voilà de la vertu et de la morale anglaises, et chaque famille, le soir, pourra la lire en guise de Bible à ses enfants. Adam est le vrai chef de famille, électeur, député à la chambre des communes, ancien étudiant d’Oxford, consulté au besoin par sa femme, et lui versant d’une main prudente les solutions scientifiques dont elle a besoin. […]

 

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