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Ultime métamorphose lexicale de «Dazet» à la fin du Chant Ier, l’acarus – sarcopte qui produit la gale – appelle une virgule entre acarus et sarcopte (l’omission de cette virgule dans Les Chants de Maldoror peut passer pour une coquille). Techniquement, le sous-ordre Acarus regroupe les différents genres d’acariens ayant en commun de creuser de profondes galeries dans l’épiderme ; il comprend en particulier l’espèce Acarus siro (= A. scabiei), anciennement appelée Sarcopte, responsable de la gale des mammifères. Par sa taille élevée, Acarus siro fut en date l’un des premiers acariens remarqués par les scrutateurs du corps humain. Son intervention dans la production de la gale, vieille croyance populaire, fut contestée par la médecine officielle, prompte à traiter de superstitions les contributions spontanées du peuple à la science ; on avait, il est vrai, eu le tort de confondre différents genres d’acarus et d’accuser l’innocent acarus scabieux (ce dont Raspail fit justice) ; la responsabilité exclusive d’Acarus siro dans la démangeaison du galeux est aujourd’hui établie. C’est aussi par erreur qu’au temps de Ducasse les lexicographes Bescherelle et Littré classaient l’acarus (ou acare) parmi les insectes, alors que les acariens sont un ordre appartenant à la classe des arachnides. Promouvant ce modeste invertébré au grade de deuxième ami du lecteur (le premier étant le *vampire qui tient la plume), Lautréamont suggère que ce qui nous inquiète ou nous incommode dans une prose donnée a peut-être été mis là par l’auteur pour attirer notre attention, un peu d’étude étant de nature à nous instruire sur quelque chose qui nous intéresse, là même où nous n’avions d’abord éprouvé, en nous fiant à une première impression superficielle, que la pressante opportunité de nous gratter.

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